On voudrait que le deuil aille vite. Qu'on « tourne la page », qu'on « rebondisse », qu'on aille « de l'avant ». Mais le chagrin a son temps à lui, et il ne se laisse pas presser.
Une société qui ne sait plus faire de place à la peine
Nos sociétés modernes sont mal à l'aise avec le deuil. On accorde quelques jours, on attend un retour rapide à la « normale », on s'inquiète si la tristesse dure. Comme si le chagrin était une parenthèse à refermer au plus vite, une anomalie dans une vie censée être productive et souriante.
Cette pression est rarement méchante. Elle vient souvent de l'embarras : on ne sait pas quoi dire, la peine de l'autre nous renvoie à notre propre vulnérabilité. Alors on encourage à « aller mieux », faute de savoir simplement accompagner.
Le deuil n'est pas un problème à résoudre. C'est un amour qui cherche où se poser, maintenant que la personne n'est plus là.
Faire son deuil ne veut pas dire oublier
L'expression « faire son deuil » est trompeuse. Elle laisse croire qu'il y aurait une tâche à accomplir, une case à cocher, après quoi tout serait réglé. Comme si l'on devait, au bout du chemin, ranger la personne disparue et reprendre sa vie comme avant.
Or on ne « tourne » pas la page de quelqu'un qu'on a aimé. On apprend, lentement, à vivre avec son absence. Le lien ne disparaît pas, il change de forme. La personne continue d'exister en nous, autrement.
Le deuil n'est pas une ligne droite
On a longtemps parlé d'« étapes » du deuil, comme s'il fallait les franchir l'une après l'autre dans l'ordre. La réalité est plus chaotique. On peut croire aller mieux, puis être rattrapé par une vague de chagrin des mois plus tard, à cause d'une chanson, d'une odeur, d'une date.
Ce n'est pas un recul. Ce n'est pas « ne pas s'en sortir ». C'est simplement la nature du deuil, qui avance par allers-retours, par vagues, à son propre rythme.
Il n'y a pas de durée « normale » pour un deuil, ni de bonne manière de le vivre. Chaque lien est unique, chaque perte l'est aussi. Votre chagrin n'a pas à ressembler à celui d'un autre.
Quand le deuil se fige
Parfois, pourtant, le deuil semble bloqué. La douleur reste aussi vive qu'au premier jour, des mois ou des années plus tard. On évite tout ce qui rappelle la personne, ou au contraire on ne parvient à penser qu'à elle. La vie semble suspendue.
Cela peut arriver surtout quand la perte a été brutale, quand les circonstances ont été traumatiques, ou quand il reste des choses non dites, des conflits non résolus. Dans ces moments, un accompagnement peut aider à remettre le chagrin en mouvement.
Ce qu'un accompagnement peut offrir
Accompagner un deuil, ce n'est pas faire disparaître la peine. Personne ne le peut, et ce ne serait pas juste. C'est offrir un espace où votre chagrin a enfin le droit d'exister pleinement, sans qu'on vous presse, sans qu'on vous console à tout prix.
Un endroit où vous pouvez dire la colère, la culpabilité, le manque, tout ce qui se mêle souvent au deuil et qu'on n'ose pas toujours avouer ailleurs. Quand un événement a été particulièrement traumatique, l'EMDR-H peut aussi aider à en apaiser la charge, pour que le souvenir cesse de faire effraction dans le présent.
Laisser au chagrin le temps qu'il lui faut
Si vous traversez un deuil, ou si vous accompagnez quelqu'un qui le vit, peut-être le plus grand cadeau est-il celui-ci : accepter que cela prenne le temps que cela prend. Ne pas se presser, ne pas se juger, ne pas exiger d'aller bien.
Vous n'avez pas à « bien faire » votre deuil. Vous avez juste le droit de le vivre, à votre rythme, et de vous faire accompagner si le poids devient trop lourd à porter seul(e).