« Je suis anxieux. » « C'est un dépressif. » « Elle est borderline. » Les mots du diagnostic sont entrés dans notre quotidien. Mais que disent-ils vraiment de nous, et que risquent-ils de figer ?
Le diagnostic, un outil né d'un besoin réel
Posons-le d'emblée : le diagnostic a une utilité. En médecine, en psychiatrie, il permet de nommer, de classer, de communiquer entre professionnels, d'orienter vers un traitement. Pour certaines personnes, mettre un mot sur ce qu'elles vivent est un soulagement immense. Enfin, ce n'est pas « dans leur tête », enfin ça a un nom, enfin elles ne sont pas seules à le vivre.
Reconnaître cela est important. Critiquer l'usage excessif du diagnostic ne veut pas dire nier sa valeur quand il est posé à bon escient.
Quand le mot prend toute la place
Le problème commence quand l'étiquette se met à parler à notre place. Quand « j'ai traversé une dépression » devient « je suis un dépressif ». Quand un état, par nature passager, se transforme en identité fixe.
Un diagnostic décrit une expérience à un moment donné. Il ne dit pas qui vous êtes. Pourtant, le glissement est rapide : on finit par se voir à travers le mot, par expliquer chacune de ses réactions par le diagnostic, par s'y enfermer.
Un diagnostic est une photographie, pas un portrait définitif. Il décrit un instant, pas une personne tout entière.
Le risque de réduire une personne à un symptôme
Dans une approche purement diagnostique, on peut vite perdre de vue l'essentiel : derrière chaque symptôme, il y a une histoire, un contexte, un sens.
Une angoisse n'est pas seulement un « trouble anxieux » à traiter. Elle est souvent la réponse logique d'une personne à ce qu'elle a vécu. Une tristesse profonde n'est pas qu'un « épisode dépressif ». Elle peut dire un deuil, un épuisement, une vie qui ne nous ressemble plus.
La question n'est pas seulement « De quoi souffrez-vous ? », mais aussi « Qu'avez-vous traversé pour en arriver là ? ». Le symptôme a presque toujours une logique, quand on prend le temps de l'écouter.
L'approche centrée sur la personne, pas sur l'étiquette
Dans ma pratique, je ne pose pas de diagnostic. Ce n'est pas mon rôle, et ce n'est pas la logique de l'Approche Centrée sur la Personne. Ce qui m'intéresse, ce n'est pas la case dans laquelle vous pourriez entrer, c'est vous : votre vécu, votre manière unique de ressentir, ce qui fait sens dans votre histoire.
Cela ne veut pas dire ignorer la souffrance ou faire comme si de rien n'était. Cela veut dire ne pas vous réduire à elle. Vous êtes infiniment plus large que ce qui vous fait mal aujourd'hui.
Garder le meilleur des deux mondes
Faut-il jeter le diagnostic ? Non. Il a sa place, notamment quand un suivi médical est nécessaire, et certains professionnels, comme les psychiatres, sont là pour cela. Si votre situation le demande, je n'hésiterai jamais à vous orienter vers eux.
Mais à côté de cela, il existe un espace où l'on peut être accueilli sans étiquette. Un espace où ce qui compte n'est pas le nom de ce que vous vivez, mais ce que cela représente pour vous, et ce que vous voulez en faire.
Vous n'êtes pas un diagnostic
Si vous portez aujourd'hui une étiquette qui vous pèse, ou si vous craignez d'en recevoir une, souvenez-vous de ceci : aucun mot, aussi juste soit-il, ne contient l'entièreté de qui vous êtes. Vous êtes une personne, avec une histoire, des ressources, et une capacité à évoluer qu'aucune case ne pourra jamais enfermer. En revanche, avoir une grille de lecture qui permet de mieux se comprendre accroit l’estime de soi et c’est fondamental pour faire face à la vie et à ses diverses expériences.